Un éternel hiver
Hier soir, je suis allé voir l'opéra folk de Lynda Lemay, ''Un éternel hiver'', au casino de Paris. Sur scène, cinq personnages, dans une histoire sombre et fascinante, chantée de bout en bout sur des mélodies de Lynda.
L'histoire
Elle a un fils, Jeff. Jeff a mis en cloque Manon, la fille de Micheline. Cette dernière verrait plutôt sa fille dans les bras de l'agent de police Messier, personnage autrement plus respectable que “ce vaurien de Jeff”. Elle, c'est Lynda, ou plutôt son personnage sans nom, quasi-narrateur de l'histoire.
Manon et Jeff s'aiment, mais Jeff vit dans l'échec depuis la mort de son père, un soir ou sa mère était parti chez un autre. La suite du scénario est assez prévisible: rupture, prison, mariage de raison... Mais l'intérêt du spectacle ne réside pas tant dans l'histoire que dans la psychologie complexe et à plusieurs niveaux des personnages.
Comme toujours, Lynda a su trouver les mots pour exprimer toute la gamme des sentiments. Elle a su créer des personnages en demi-teinte, et même si certains sont plus agaçants que d'autres, on ne peut en haïr aucun, on ne peut que les aimer pour leurs faiblesses. La morale de l'histoire “Évitez le silence qui trop souvent tue” serait presque trop facile si elle n'était pas si vraie. Rien à dire, Lynda connaît bien la nature humaine.
Les chanteurs
Daniel Jean est l'agent Messier. Introduit par Lynda lors de sa précédente tournée où il l'accompagnait notamment au violon, il a une voix... particulière. Loin de s'attirer ma préférence, très country mais surtout manquand de nuance. Heureusement son rôle est limité et ses textes le servent bien.
Manon Brunet est Micheline. Sa performance est un peu inégale, mais certaines scènes brillantes rattrappent largement quelques passages un peu terne. Elle a une voix chaude et forte, qui par moment est d'une expressivité remarquable.
Yvan Pedneault est Jeff. Une voix chaude et brillante, assez nuancée, servant parfaitement son personnage qui se camoufle. Un timbre très agréable et une performance très égale. Un bon potentiel qu'il exploitera sans doute avec encore plus de brio dans les années à venir.
Fabiola Toupin est Manon, et à mon sens la grande révélation de ce spectacle. Cette jeune femme dispose d'une expressivité formidable. À l'aise sur scène, elle chante remarquablement. Son jeu est très nuancé, mais elle dispose d'un coffre formidable dont elle n'abuse pas malgré tout. On apprécie sa performance du début à la fin... Et par moment, les textes aidant, on a l'impression d'entendre Lynda.
Lynda, dans son rôle anonyme est formidable, quoi qu'un peu effacée au début du spectacle, mais c'est le problème quand on aime une artiste et qu'elle n'est pas toujours sur sa propre scène ! Techniquement d'abord, Lynda a gagné en maîtrise. Dès la deuxième chanson elle réalise une très belle performance dans une chanson qui passe sans cesse des notes les plus graves aux plus aigues et inversement. Il m'a semblé que sa voix était encore plus cristaline que d'habitude. Et comme d'habitude, elle brillait de sa lumière chaude sur la scène du Casino de Paris.
Impressions
Malgré quelques petites longueurs, ce spectacle est fascinant. Une belle analyse de la nature humaine, un drame qui n'en finit pas de se poursuivre jusqu'à son dénouement. Le tout servi par une belle distribution, et des textes très intéressants, le plus souvent dramatique, mais parsemé de quelques drôles trouvailles, notamment sur les fringales des femmes enceintes. Pendant tout le spectacle j'ai attendu un duo entre Lynda et Fabiola Toupin. Tout vient à point à qui sait attendre, l'avant dernière chanson, intitulée “un éternel hiver” les regroupe. La musique et le texte sont superbes, et les deux voix se marient parfaitement pour rendre toute l'intensité de la chanson : j'étais ravi. Même si je serai très content de revoir Lynda seule sur une scènes pour un de ses “tours de chant” comme elle le dit elle même, je trouve que cette expérience est très réussie, et, comme d'habitude, son spectacle nous ouvre les yeux sur le monde, ses drames, et la façon de les appréhender.
Posté le 11/06/2005 à 19h23 dans Musique
Les réponses à ce post
Réponse de Juan
Oups ! Cet article date un peu... :D Mais j'suis tombé dessus un peu par hasard :p
Tout à fait d'accord avec ton analyse du spectacle :).
Lynda arrive à décortiquer les sentiments humains comme personne (il suffit par exemple de lire les paroles de "C'est un rêve" de l'opéra.. no comment lol)...
Et puis tout à fait d'accord : la révélation du spectacle, c'est bien Fabiola, quelle extraordinaire interprète.. quelle voix et quelles interprétations !...
Le CD du spectacle vient de sortir cette semaine, ça donne une bonne idée de l'ampleur de ce spectacle.. dommage qu'un DVD ne soit pas à l'ordre du jour !
En tout cas, merci pour cet article ! :)
P.S : Le nom de Lynda dans le spectacle n'est pas anonyme : c'est Nathalie.. mais c'est vrai qu'il n'est pas rappelé très souvent ; j'crois juste dans la première chanson où elle se présente et qu'elle présente les autres personnages... :P
Posté le 24/02/2006 à 12h45
Réponse de ghizou78
Moi, j’ai assisté à « un éternel hiver », le 1er Avril dernier. Et voir ce spectacle a fait de cette journée le plus bel anniversaire de ma vie !
Comment résister à tant d’émotion, de charme et de beauté ?
C’était impressionnant et déroutant de voir ces personnages si humains et donc si crédibles.
Jeff, particulièrement touchant qui, otage de ses démons, se bat plus contre lui-même que contre le monde entier. Particulièrement frustrant aussi, à qui on a envie de tendre la main à travers sa carapace, durant tout le spectacle.
Manon, qui souffre tellement d’aimer un homme si torturé, s’y brûle les ailes et finit usée par cet amour.
Nathalie qui, à force d’avoir voulu trop bien faire a échoué dans son rôle de mère en passant à côté de son fils et se noie dans la culpabilité et la solitude.
L’agent Messier qui, aveuglé par son amour pour Manon, finit par se contenter tristement de l’illusion d’un amour réciproque.
Et enfin Micheline, fanée par une vie trop rude et qui met le peu d’énergie qui lui reste à tenter de protéger sa fille, Manon.
C’était si émouvant de voir les comédiens nous livrer ainsi tous ces sentiments, faiblesses et déceptions que dans la vie réelle nous mettons tant d’énergie à masquer.
De par la générosité, la force et le talent de ces interprétations ce spectacle est une leçon de vie dont on ne peut ressortir que grandi, avec l’envie irrésistible de s’ouvrir aux autres...
Toutes ces émotions ont fait de ce moment « un moment d’éternité » qui restera, à jamais, gravé en moi.
Ce fut mon plus beau cadeau d’anniversaire !
Posté le 07/04/2006 à 20h38







